Emprises des passages d’eau à Conakry : votre maison est-elle menacée de démolition ?
Le 7 juillet 2026, le gouvernement a annoncé une vaste opération de libération des emprises des passages d’eau, caniveaux et ouvrages de drainage à Conakry. Objectif affiché : prévenir les inondations qui frappent la capitale chaque saison des pluies. Conséquence directe : des démolitions sont prévues sur les constructions qui obstruent ces ouvrages.
Cet article n’est pas un commentaire sur l’opération. C’est un guide de vérification, destiné à ceux qui se posent une question très concrète : mon bien est-il concerné ? Et pour ceux qui s’apprêtent à acheter ou à louer : comment ne pas se retrouver, demain, propriétaire d’un mur qui n’aurait jamais dû être construit là.

Qu’est-ce qu’une emprise, au juste ?
Une emprise, c’est l’espace que la collectivité réserve autour d’un ouvrage public — ici, un caniveau, un collecteur, un passage d’eau — pour qu’il puisse fonctionner et être entretenu. Cet espace fait partie du domaine public. On n’y construit pas, et l’occuper ne crée aucun droit, quelle que soit la durée.
C’est le point que beaucoup découvrent trop tard. Un bâtiment posé sur une emprise n’est pas une construction « irrégulière » qu’on pourrait régulariser en payant une amende : c’est une construction sur un terrain qui n’appartient à personne d’autre qu’à la collectivité, et qui a vocation à être libéré.
Comment savoir si vous êtes concerné

Commencez par le plus simple : regardez le terrain. Un bâti construit dans une cuvette, au fond d’un ancien lit d’eau, ou qui voit passer un ruissellement à chaque grosse pluie, se trouve très probablement sur un chemin naturel de l’eau. La topographie parle avant les papiers.
Ensuite, repérez l’ouvrage. Un caniveau ou un collecteur à proximité immédiate impose une zone de recul. Une construction qui s’y adosse, l’enjambe ou l’a purement et simplement recouvert est en situation d’occupation d’emprise.
Enfin, demandez. Le service technique de votre commune et les services d’urbanisme peuvent indiquer si votre parcelle touche une emprise publique. C’est une démarche gratuite, et infiniment moins coûteuse qu’une démolition.
Ces documents ne vous protègent pas

C’est la partie la plus douloureuse, et il vaut mieux la dire franchement. Beaucoup d’occupants pensent être protégés parce qu’ils détiennent un papier. Or, sur le domaine public, aucun document privé ne fait naître un droit.
- Un reçu de vente signé du vendeur prouve que vous avez payé quelqu’un. Il ne prouve pas que ce quelqu’un avait le droit de vous vendre.
- Une attestation établie par un chef de quartier a une valeur d’usage local, pas une valeur juridique face au domaine public.
- Une longue occupation ne crée aucun droit sur une emprise : la durée ne transforme pas une occupation irrégulière en propriété.
- Un raccordement à l’eau ou à l’électricité est la preuve qu’on vous a livré un service, rien de plus.
- Le fait que les voisins n’aient jamais été inquiétés ne signifie qu’une chose : l’opération n’était pas encore passée.
Si vous êtes dans cette situation, la pire stratégie consiste à attendre en espérant passer entre les gouttes. Rapprochez-vous des services communaux pour connaître votre exposition réelle, et documentez tout ce que vous pouvez : c’est ce dossier qui servira à faire valoir vos droits, s’il en existe.
Acheter ou louer : lire le terrain avant de lire le prix

Un bien situé en bas-fond se signale presque toujours par son prix : anormalement bas pour le quartier. Ce n’est pas une aubaine, c’est une information. Le marché a déjà intégré ce que vous n’avez pas encore vu.
Les signaux d’alerte sont lisibles à l’œil nu : traces de boue ou marques d’eau en bas des murs, terrain en contrebas de la voie, construction adossée à un caniveau, remblai récent — car on ne remblaie pas sans raison, et la raison est souvent qu’il y avait là un passage d’eau.
Le conseil qui vaut tous les autres
Visitez pendant la saison des pluies. Un terrain inondable est parfaitement sec et engageant en saison sèche. C’est précisément pour cela que tant de ventes se concluent à ce moment-là. Une visite sous une bonne averse vous apprendra en dix minutes ce qu’aucun vendeur ne vous dira.
Avant de signer

Interrogez le voisinage — les anciens du quartier savent exactement où l’eau passe et jusqu’où elle monte. Vérifiez en mairie que la parcelle n’est pas sur une emprise. Exigez un titre foncier ou un document réellement opposable. Faites borner par un géomètre avant de payer. Et refusez, sans discuter, tout bien construit sur ou contre un ouvrage de drainage : le prix n’a aucune importance si la démolition est au bout.
Un mot sur la tension locative
Le contexte n’aide pas les locataires : la pression sur le logement à Conakry pousse certains bailleurs à réclamer des avances considérables, parfois plusieurs années. Cette tension pousse mécaniquement les ménages modestes vers les zones les moins chères — c’est-à-dire, trop souvent, les zones basses. C’est un cercle qu’il faut avoir en tête : ce qu’on économise sur le loyer, on risque de le perdre en une nuit d’orage.
Questions fréquentes
Puis-je être indemnisé si ma maison est démolie ?
Cela dépend entièrement de votre situation juridique. Une construction régulière sur un terrain dont vous êtes titulaire, touchée par une opération d’utilité publique, ouvre en principe droit à indemnisation. Une occupation du domaine public, non.
Un permis de construire me protège-t-il ?
Pas s’il a été délivré sur un fond déjà grevé d’une emprise. Un permis ne purge pas l’affectation d’un terrain au domaine public.
Comment savoir avec certitude si ma parcelle est sur une emprise ?
En vous adressant au service technique de votre commune et aux services d’urbanisme, et en faisant réaliser un bornage par un géomètre. Aucune autre source n’est fiable.
Le vendeur m’a assuré qu’il n’y avait « aucun problème ». Cela vaut-il quelque chose ?
Non. Une déclaration verbale n’engage personne. Seule la vérification auprès des services compétents, avant paiement, vous protège.
Cet article s’appuie sur les annonces publiques de juillet 2026. Renseignez-vous toujours auprès des services de votre commune : eux seuls peuvent vous dire si une parcelle est concernée.