Redevance sur les forages privés en Guinée : compteurs, seuils, coût — ce que cela change pour votre maison
En Guinée, le forage est devenu un réflexe. Là où le réseau public n’arrive pas, ou n’arrive qu’à heures comptées, on creuse. Un forage dans la cour, c’est l’eau au robinet toute l’année — et, pour un bailleur, un argument de location qui se paie.
Le 8 juin 2026, le ministère de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures a annoncé une évolution qui touche directement ces installations : les forages en concession privée devront être équipés de compteurs, des seuils de prélèvement seront fixés, et une redevance sera due au-delà de ces seuils. Les recettes doivent alimenter le Fonds hydraulique.
Ce que cela veut dire, très concrètement : l’eau du forage, jusqu’ici « gratuite » une fois le puits creusé, entre dans la catégorie des charges récurrentes.

Ce n’est pas une privatisation — et ce n’est pas non plus rien
Le ministère a tenu à corriger une lecture qui a circulé dès l’annonce : il ne s’agit pas de privatiser les forages ni de retirer aux ménages le droit d’en posséder un. Selon les précisions officielles, la mesure consiste à « installer des compteurs et fixer des seuils de prélèvement ».
Autrement dit, votre forage reste le vôtre. Ce qui change, c’est que le volume que vous pompez dans la nappe devient mesuré — et, au-delà d’un certain niveau, facturé.
Le mécanisme annoncé, étape par étape

La logique est celle d’un compteur d’électricité : on ne facture pas la possession du branchement, on facture la consommation. Ici, le principe annoncé est celui d’un seuil : en dessous, l’usage est considéré comme domestique et n’entraîne pas de redevance ; au-dessus, le prélèvement est facturé.
Le point qui manque — et il est décisif
Le niveau du seuil n’a pas été publié. C’est pourtant la seule donnée qui permettra à chacun de savoir s’il est concerné. Un seuil élevé ne toucherait que les gros préleveurs — immeubles collectifs, activités économiques. Un seuil bas concernerait des ménages ordinaires. Tant que ce chiffre n’est pas connu, personne ne peut dire honnêtement « vous allez payer tant ». Méfiez-vous de quiconque l’affirme aujourd’hui.
Une mesure qui divise

Les réactions recueillies après l’annonce dessinent deux camps qui, au fond, n’ont pas tort l’un et l’autre.
D’un côté, l’argument est solide : la nappe phréatique est une ressource commune, aujourd’hui pompée sans mesure ni contrôle. Encadrer les prélèvements et affecter les recettes au Fonds hydraulique — lequel doit financer les infrastructures qui, précisément, réduiraient la dépendance aux forages — a une cohérence. L’État a par ailleurs annoncé un projet de 670 millions de dollars pour l’eau potable et l’assainissement.
De l’autre, l’objection est tout aussi compréhensible : beaucoup de ménages ont foré parce que le service public ne les desservait pas. Payer une redevance sur une solution qu’on a financée soi-même, faute de réseau, est difficile à accepter tant que le réseau n’arrive pas.
Ce que cela change pour un propriétaire ou un bailleur

Un immeuble locatif alimenté par forage est en première ligne : plusieurs ménages, un seul puits, donc un volume pompé sans commune mesure avec celui d’une maison individuelle. Si un seuil est fixé, c’est ce type d’installation qui le franchira en premier.
La question des charges locatives
Attention à un réflexe risqué : répercuter automatiquement une nouvelle redevance sur le loyer ou les charges du locataire. Une charge ne se répercute que si le bail le prévoit, et dans les formes. Si la redevance se confirme, la bonne pratique consiste à écrire noir sur blanc, à l’échéance du bail, comment l’eau est facturée et répartie — plutôt que d’imposer un supplément en cours de contrat, source garantie de litige.
Que faire dès maintenant ?

Le meilleur conseil, à ce stade, est de ne rien précipiter. Aucun texte d’application n’est publié. Personne ne viendra poser un compteur demain matin, et il n’y a rien à déclarer dans l’urgence.
En revanche, documenter votre installation ne coûte rien et vous protégera : profondeur, débit, date de réalisation, facture du foreur, photos. Le jour où un agent passe, un dossier complet vaut mieux qu’une discussion de mémoire.
Le forage reste-t-il un atout pour un bien ?
Oui — mais l’équation change. Un logement autonome en eau conserve une vraie valeur d’usage à Conakry, et cela ne disparaîtra pas avec un compteur. Simplement, le calcul n’est plus « je fore une fois et c’est réglé », mais « je fore, puis j’assume un coût d’exploitation ». Pour un investisseur, cela signifie une chose : intégrer désormais une ligne eau dans le budget prévisionnel d’un immeuble, au même titre que l’électricité ou l’entretien.
Questions fréquentes
Vais-je devoir payer une redevance sur mon forage domestique ?
Cela dépendra du seuil de prélèvement retenu, qui n’a pas encore été publié. Le principe annoncé est que seuls les volumes dépassant ce seuil seront facturés.
L’État va-t-il prendre le contrôle des forages privés ?
Non. Le ministère a explicitement démenti toute privatisation ou confiscation : la mesure porte sur l’installation de compteurs et la fixation de seuils de prélèvement.
Puis-je répercuter la redevance sur mes locataires ?
Pas automatiquement. La répartition des charges doit être prévue par le bail. En cas de nouvelle charge, elle doit être formalisée par écrit, idéalement à l’échéance du contrat.
Faut-il renoncer à faire creuser un forage ?
Non. Un forage reste utile là où le réseau est absent ou irrégulier. Il faut simplement l’envisager désormais comme un investissement assorti d’un coût d’exploitation, et non comme une eau définitivement gratuite.
Cet article s’appuie sur les annonces officielles de juin 2026. Les textes d’application, lorsqu’ils seront publiés, feront foi — notamment sur le niveau du seuil de prélèvement.